Bien que ce sujet reste particulièrement sensible dès que la levée du secret se trouve réclamée de la part des enfants nés sous X, la seule souffrance de ceux qui désirent ardemment connaître l'identité exacte de leurs parents légitimes montre au combien la cause mérite de se poser la bonne question sur les nombreux autres, ceux qui estiment pouvoir se passer sans aucun problème de cette connaissance de liens génétiques.
Voilà déjà plus de quarante ans que je me pose cette question :
" Avons-nous tous ce besoin génétique d'avoir au moins connaissance de l'existence de nos parents ??? "
Dès notre plus jeune âge, nous avons tous rencontré des camarades de classe déclarés orphelins, de père ou de mère, voir des deux à la fois. Notre curiosité provoquait même parfois des conflits involontaires lorsque nos questions mettaient particulièrement mal à l'aise celui qui se sentait devenu soudainement la cible d'une forme d'injustice.
Mais juste après guerre, cette condition pouvait justifier certains égards de la part des autorités lorsque l'absence du père notamment pouvait être consécutive à la perte de la vie lors d'un combat légitime.
Aussi, nous avions droit à de belles leçons de morale de la part de notre instituteur lorsque le nom du disparu était cité lors des commémorations devant le Monument aux Morts. S'en suivait même une certaine fierté pour notre camarade si bien considéré ....
Mais tout n'est malheureusement pas aussi simple, surtout lorsque la mère, devenue un jour absente, était partie avec l'un de ces soldats occupants, ou bien avait-elle délaissé sa propre famille pour tenter sa vie ailleurs. L'absence pouvait alors prendre bien des aspects conflictuels au sein des fratries alors que l'enfant par lui-même, témoin des scènes trop souvent répétées entre le père et les critiques de ses propres parents, se sentait devenir parfois l'intrus lui-même.
Mais certains argumentaires posent parfois cette question :
" Est-ce un droit naturel de rechercher un père, une mère, ou même parfois les deux ??? "
La formulation des réponses surgissant ici ou là n'a pas vocation de dresser un portrait type de ces enfants, se trouvant en manque de références par rapport aux leurs, mais expose un certain nombre de considérations sur le sujet qui obligent un approfondissement certain tant l'aspect d'un déséquilibre possible chez l'enfant peut devenir source de problèmes dans son comportement futur.
Il est bien certain que toute différence "conditionne" à la fois un certain malaise chez l'enfant mais également dans son entourage puisque pouvant devenir très vite prétexte au dénigrement. C'est d'ailleurs un sujet important qui fait débat actuellement, concernant plus particulièrement l'adoption par des couples homosexuels .....
Mais ce qui importe le plus ici, c'est surtout de comprendre pourquoi notre Droit Naturel, autorisant à vouloir rechercher ses parents, ne serait pas aussi naturel que cela. J'en prendrai pour preuve une personne abandonnée selon elle à l'âge de 4 ans et qui a toujours refusé de connaître les siens.
Que savait-elle en final du sens réel de sa situation sans tenter au moins une seule fois de chercher à comprendre le vécu de ses propres parents, traversant sans doute des conditions particulièrement difficiles qui les avaient conduits à s'engager dans un abandon d'une enfant aussi jeune ???
Nous vivons nous aussi dans une époque difficile, où de très nombreuses mères se retrouvent seules pour élever leurs enfants, et où les abandons ne semblent pas plus nombreux qu'autre fois car nombres d'associations tentent de leur venir en aide à chaque fois que cela semble encore possible.
Je me souviens très bien, pour l'avoir relu de très nombreuses fois, du sens "moral" présenté dans l'histoire du Petit Poucet ....., histoire qui m'avait fortement chagriné lorsque la situation précaire de notre condition de prolétaires pouvait laisser penser qu'un jour, la famine aurait pu conduire mes parents à agir de la sorte.
Trop heureux d'avoir pu être épargné d'un aussi triste sort, il m'était alors difficile d'admettre qu'un enfant, devenu adulte, ne fasse pas le moindre effort pour chercher à comprendre le sens de son abandon.
Mais n'y avait-il pas là .... dans l'expression du Droit Naturel, une possibilité de pouvoir "exploiter" une autre condition si particulière qui offrait d'une certaine manière une protection au travers de l'esprit de compassion qui s'exprimait chez ceux qui étaient devenus ensuite sa propre famille ???
Se déclarer abandonnés ouvertement pour certains enfants, n'est-ce pas là une forme de chantage possible pour espérer bénéficier d'une considération plus favorable de la part de leurs proches, et servant à excuser par ailleurs certaines imperfections ou erreurs de conduite dans leurs manières de faire ???
Voilà autant de questions soulevées au fil du temps, et qui ont justifié pendant de longues années une très grande attention de ma part auprès de celle qui usait si fréquemment de ce statut d'abandonnée pour finir par imposer certaines de ses exigences.
Et le renouvellement de mes questions sur son propre passé, qui n'étaient voulues que pour l'inciter à chercher à lever le voile sur une fraction de sa propre vie, avait pour conséquence de déclencher chez elle de furieuses colères que chacun tentait de calmer au plus vite, prétendant même que je ne comprenais rien à rien .....
Ayant entrepris la reconstitution de ma propre généalogie, la lecture de nombreux témoignages d'un vécu analogue chez certains enfants abandonnés, eux qui étaient parvenus après de longues années à retrouver les leurs, ne pouvait que me renforcer dans le sens de mes doutes.
Bien que ce besoin de rechercher les siens de manière irrésistible pouvait aller jusqu'à idéaliser une fausse image de ceux qui auraient été effectivement leurs parents, la découverte d'un père alcoolique et violent pouvait provoquer parfois plus de mal que de bien .....
Cependant, rien n'interdit de dire qu'il vaut mieux vivre en connaissant une certaine vérité qu'en nourrissant continuellement des suppositions hasardeuses qui avaient le pouvoir de jeter gratuitement l'opprobre sur ceux qui nous ont vu naître. Ils avaient oser nous abandonner .... ils n'étaient que de purs salauds .... sans avoir à chercher des circonstances atténuantes.
Mais quand on a en plus une chance extraordinaire d'avoir été abandonnée avec ses cinq frères et sœurs .... et que l'un d'entre eux plus âgé prend le soin de s'intéresser aux autres en venant régulièrement leur rendre visite, et qu'il devient par la même occasion votre témoin de mariage ......, une réaction pleine de bon sens n'aurait jamais négligé une telle opportunité pour mieux comprendre "leur" triste sort.
Rien ne s'opposait donc à cette unique volonté de rechercher au moins de possibles circonstances atténuantes pour parvenir à une certaine vérité, dans l'espoir de pouvoir déjà se reconstruire soi-même, et en pardonnant ensuite à celle qui avait été leur maman par dessus tout.
Non, rien de tout ceci ne s'est passé ..... et même quand l'annonce du décès de cette mère absente lui a été communiqué .....
Il y avait donc bien là, dans l'expression du choix de ne pas vouloir connaître nos parents en semblable circonstance, l'expression d'un jugement arbitraire que nous devons toutefois accepter parce que libre et légitime sur le plan du Droit Naturel.
Cependant, très fréquemment, nos psychologues sont appelés pour tenter de faire la lumière sur ces forces de l'ombre qui peuvent agir de façon contraire à ce que nous suggère notre propre entendement dans le choix de notre détermination.
Mais que penser alors d'une enfant abandonnée, devenant ensuite mère à son tour, et qui ne semble pas avoir eu la moindre pensée pour ceux qui l'avaient vue naître vingt années auparavant ???
Après de nombreuses recherches, on avait finalement appris que son propre père était décédé dans l'indigence après s'être enfui de chez lui en abandonnant ses propres enfants, qu'il n'avait donc pas refait sa vie après plus de 15 ans d’errance ...., disparu dans le froid d'un tout début février à l'âge de 50 ans à peine, alors que son propre petit-fils naitra cette même année ....
Ma question personnelle est toujours restée aussi présente..... et aussi dérangeante à la fois pour les membres de sa famille :
" Comment un être " sensé avoir du cœur " était-il capable de faire preuve d'autant d'absence d'humanité envers son géniteur alors qu'il n'a jamais fait l'effort de chercher à comprendre le sens profond de cette terrible histoire qui l'a conduit à subir cet abandon, alors que par ailleurs il usera de cette condition d'abandon, de façon tyrannique le plus souvent, pour obtenir compassion par rapport à son ex-condition d'enfant de l'assistance publique ??????? "
C'est bien sur ce point précis que je me montre le plus intransigeant car c'est de cette façon, avec ce type de comportement extrémiste, que nous envoyons très régulièrement des êtres condamnés fort injustement dans les centres pénitentiaires pour y être exécutés.
Mais les membres de la dite famille d'accueil ne sont-ils pas tout aussi responsables d'avoir ainsi soutenu pendant autant d'années de telles prétentions, alors qu'une démarche intelligente tendant à faire toute la lumière sur ce passé lui aurait sans doute éviter le profond désordre psychologique dont elle souffrait et qui obligeait même ses descendants à ignorer le passé de leurs grands-parents jusque là inconnus ???
Au nom de notre Droit Naturel, pouvons-nous parvenir à faire admettre notre bonne conscience, surtout vis à vis de nos enfants en les écartant si librement de leurs racines génétiques, alors que par ailleurs nous pourrions être amenés à revendiquer vis à vis d'eux la légitimité de certaines obligations d'assistance, relatifs aux liens parentaux ???
Pour simple conclusion, je reprendrais le conseil autoritaire que j'ai déjà de nombreuses fois entendu par le passé :
" Faites ce que je vous dis de faire, mais ne faites jamais ce que je m'autorise à faire moi-même ....... "
Piètre mentalité.